Mardi dernier, j’intervenais dans un séminaire réunissant des élus de comités d’entreprise sur le thème de la communication. A côté de nombreuses interventions passionnantes sur la problématique de ces instances complexes aux missions disparates, j’avais pour objet de leur apporter quelques pistes de méthodologie. Comme elles me semblent valables non seulement pour les CE, mais aussi pour toute structure ayant besoin de communiquer, il m’a semblé intéressant de partager ces quelques conseils sur le blog de La plume agile.

Le séminaire proposait aussi des ateliers, comme celui de mon excellente camarade Laëtitia Chaucesse (1) sur le thème du « message essentiel ».

Le séminaire proposait aussi des ateliers, comme celui de mon excellente camarade Laëtitia Chaucesse (1) sur le thème du « message essentiel ».

D’abord une idée reçue à balayer : faire de la communication, ce n’est pas plaquer des recettes toutes prêtes sur n’importe quel produit, service ou projet. Ce n’est pas faire avaler n’importe quoi en prétendant ce qui n’est pas. Ça, c’était possible quand le public n’avait que la télévision pour toute référence et la consommait sans modération, avec un mélange de naïveté et de fascination. Mais aujourd’hui, on est submergé par les informations, on peut tout savoir en quelques clics sur internet. On a tout loisir de comparer, de vérifier, de creuser un sujet sans lever le nez de son écran. L’époque a radicalement changé.

Communiquer nécessite d’être solide sur le fond (le contenu) et sur la forme (la présentation). Aucun de ces deux aspects n’est superflu. De très beaux textes, de très beaux visuels, de très beaux graphismes ne suffiront pas à faire passer un message s’il n’y a pas de message, si on ne sait pas trop de quoi on parle. A l’inverse, un message délivré sans être mis en valeur et adressé aux bonnes personnes aura bien du mal à faire mouche.

Être sincère

Il s’agit donc à la fois de savoir se distinguer dans la masse d’information, en maîtrisant les principes et techniques, mais aussi de donner du sens à ce qu’on dit, en étant sincère et cohérent.

La première, la plus élémentaire technique à appliquer en termes de communication est la sincérité, quel que soit l’objet, le message à communiquer. Plus un message est sincère, plus il a des chances d’atteindre ses objectifs.

J’emploie à dessein cet adjectif sincère, qui pourra surprendre. On s’attendrait plutôt à un qualificatif comme objectif (ce qui serait impossible), authentique (qui me semble trop galvaudé pour faire sens), honnête (qui me semble trop réducteur) ou transparent (qui signifierait aussi qu’on doit tout dire, mais… non). Par sincère, j’entends surtout l’intention de ne pas créer de décalage entre ce qu’on est, ce qu’on vend, ce qu’on fait d’une part et d’autre part ce que l’on raconte sur le sujet.

Poser un projet collectif

Autrement dit, pour communiquer, il faut partir de soi. Et commencer par se demander qui on est. Autrement dit, travailler d’abord sur son projet : se questionner sur sa singularité, sur ce qu’est vraiment le sujet sur lequel on veut communiquer, que ce soit un produit que l’on fabrique ou que l’on vend, ou, comme dans le cas d’un comité d’entreprise ou d’une association, sur une ambition ou une mission…). Autant que possible, dans ces derniers cas, il conviendra d’élaborer un projet écrit et de l’élaborer collectivement.

Par exemple, un comité d’entreprise, dès qu’il est en place, prendra le temps de réfléchir ensemble pour clarifier et rédiger les réponses à des questions telles que : A quoi on croit ? Pourquoi on s’engage ? Pour quoi on s’engage, à quel besoin on répond ? Quel est le sens de la mission, la raison d’être ? Il ne s’interdira pas non plus de poser des désaccords s’il y en a : cela permettra de les assumer et en même temps, de mettre en valeur les points d’accord.

Les élus de comité d’entreprise pourront ressentir que cela prend trop de temps, car ils ont une tâche colossale à accomplir et souvent trop peu d’heures de délégation pour la remplir.  Mais une fois le projet posé, une grande partie du travail est fait. Parce qu’on sait précisément ce qu’on a à dire, on gagne en cohérence, en clarté et même en temps : à chaque fois qu’on sera en situation de communiquer, les éléments viendront naturellement, iront toujours dans le même sens et sans qu’on ait à se concerter, à faire valider, à repréciser. A terme, on sera aussi beaucoup mieux entendu parce que le message sera clair et constant. En résumé, un projet est déjà en lui-même un plan de communication.

Savoir à qui on s'adresse

Une fois qu’on sait qui on est, il faut encore se poser la question de savoir à qui on s’adresse. En marketing ou en journalisme, on appelle ce public déterminé la cible. En l’occurrence pour un comité d’entreprise, la cible principale est constituée par les salariés de l’entreprise. Même si on croit bien les connaître, il n’est pas superflu, au moment même où on travaille son projet, de formuler les réponses à ces questions : qui sont ces salariés ? à quelles catégories sociales appartiennent-ils majoritairement ? Quelles pratiques des médias et supports de communication ont-ils ? Quel est l’état de la cohésion dans l’entreprise ? Y a-t-il proximité ou éclatement géographique, social, culturel ? A quelles pratiques proposées par le CE sont-ils déjà sensibles ? A quels arguments pourraient-ils être sensibles, qu’est-ce qui peut les intéresser ? Quels liens ont-ils déjà avec le comité d’entreprise ?

Petit exemple : si vous déplorez que le seul intérêt des salariés pour votre action est l’attente « consumériste » des chèques cadeaux ou des chèques vacances, saisissez l’occasion de cette distribution pour lui donner du sens, pour communiquer d’autres messages, pour resserrer des liens.

Pour un CE, ce questionnement sera d’autant plus simple que ceux qui mettent la communication en œuvre font eux-mêmes partie de leur « cible ». A ceci près qu’ils sont déjà sensibilisés aux messages à transmettre. Mais au moins les salariés sont bien identifiés, proches d’eux, et à défaut de comprendre ceux qui ne le sont pas, ils pourront les questionner directement.

La troisième question à se poser, non seulement en termes de mission générale, mais aussi pour chaque action de communication : quel objectif veut-on atteindre ? Il s’agit là, non pas de poser des intentions ou des espoirs, mais des objectifs précis, raisonnables, quantifiables, que l’on pourra donc évaluer.

Rester enthousiaste

Ces trois questions – qui on est ? à qui on s’adresse ? avec quel objectif ? – sont valables quelle que soit la situation de communication. Une fois ces questions clarifiées, le reste sera plus facile à résoudre, car il découlera naturellement de ces questions déterminantes.

Restera à garder à l’esprit quelques règles à prendre en compte dans la réalisation technique de sa communication. Notamment de se montrer le plus clair possible, le plus vivant possible, le plus accessible possible, le plus empathique possible.

Un dernier conseil : croire à ce qu’on fait, à ce qu’on apporte. Prendre le temps, à chaque fois qu’on engage une action de communication, de se reconnecter avec ses convictions, de s’imprégner du sens de ce qu’on fait. Autrement dit, n’oubliez jamais d’être enthousiaste. 

 

(1) Laëtitia Chaucesse vous forme à la communication orale (www.laetitiachaucesse.com), comme je vous forme ou vous accompagne dans votre communication écrite (www.laplumeagile.com).

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