Do you speak français ?

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J’ai beau aimer et défendre la belle langue française, je n’arrive pas à être puriste. Ce qui me passionne dans notre langue, c’est qu’elle raconte son histoire : on y retrouve la trace des accumulations d’apports, de modes, de déformations, d’emprunts, de conquêtes et de défaites, qui font sa complexité et sa richesse. Je ne suis donc pas contre l’apport très en vogue de mots anglais, qui reflète notre tendance actuelle à aller chercher nos modèles, nos idées et nos maîtres outre-Atlantique. Cette petite manie contemporaine ne me semble pas menacer notre langue. Après tout, l’élite anglaise a parlé français pendant quatre siècles et l’anglais en a conservé des traces autrement plus écrasantes : 63 % de mots anglais, soit 37 000 termes, proviennent du français. La langue de Shakespeare a-t-elle expiré pour autant ?

Si je commence pour une fois ma petite chronique par une touche d’éditorial, c’est pour mieux souligner que par contre, j’ai tendance à tiquer quand l’usage de l’anglais vient chambouler notre syntaxe ou torturer de pauvres mots français qui n’ont rien demandé. Quelques exemples réclamant notre vigilance :

> L’horrible tournure « J’ai été » à la place de « Je suis allé » m’écorche de plus en plus souvent les oreilles, même sur les antennes les plus cultivées, et commence à envahir les écrits. Il s’agit d’un horrible anglicisme. Sachez-le : vous avez été malade, jeune, content de me lire, transporté à Londres par l’Eurostar, mais vous êtes allé à Tombouctou, à Vierzon, chez le dentiste et même à Londres en Eurostar.

> Plus connu mais encore trop usité : le mot décade désigne en français une période de dix jours. Cela regarde les Anglais s’ils n’ont pas compris ce mot et l’ont pris pour une période de dix ans, mais ce n’est pas une raison pour leur emboîter le pas, puisqu’en français nous avons le mot décennie. Cela s’explique étymologiquement : décade est formé sur les racines latines déca = dix et dies = jour.

> Plus sournois, le mot alternative, en français, signifie : choix entre deux possibilités. Quand il y a une alternative, il y a deux possibilités. En anglais, il signifie : solution de rechange. Comme dans l’expression chère à Madame Thatcher « There is no alternative », que ses détracteurs ont rebaptisée ironiquement de son acronyme en forme de prénom TINA. Si quelqu’un vous soutient que « There is no alternative », répondez-lui que si, bien sûr, il y a d’autres choix, d’autres possibilités, d’autres perspectives et au minimum un plan B, donc qu’il y a alternative.

> Signalons un cas désespéré : le verbe contacter n’existe pas en français. On préférera donc, dans une langue qui veut garder un peu d’élégance : prendre contact, joindre, prendre langue… Mais il ne restera pas grand monde pour saluer cet effort...

 

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